Bilan sanguin et urinaire des troubles Bipolaires et de la Dépression

 

Il n’y a pas de marqueur sanguin ou urinaire fiable des Troubles Bipolaires ou de la Dépression.

Le bilan sanguin a, cependant, trois fonctions très importantes :

  • Évaluer l’état général de la, du patient(e) : rechercher des maladies comme le diabète, l’hypothyroïdie ou l’hyperthyroïdie, des maladies rénales, hépatiques, des maladies inflammatoires,…qui altèrent l’état général, ce qui aggrave les troubles psychiques, et peuvent, pour certaines d’entre elles, causer directement des dépressions (voir  Causes organiques dépression).

 

  • Rechercher certains troubles qui peuvent contre-indiquer temporairement ou définitivement certains médicaments. Par exemple, un trouble thyroïdien doit être traité avant la mise sous Lithium, une insuffisance rénale importante contre-indique le Lithium, un trouble de coagulation peut empêcher de mettre en place le VALPROATE, une grossesse contre-indique absolument le VALPROATE (pour toute la durée de la grossesse) et le LITHIUM (au premier trimestre). Dans tous les cas, il faut avoir une valeur de référence initiale pour évaluer une éventuelle altération liée au traitement (par exemple : la fonction rénale pour le Lithium, le Fibrinogène et les Plaquettes pour le VALPROATE, la formule sanguine pour la CLOZAPINE).

 

  • Surveiller régulièrement d’éventuels effets délétères de certains traitements
    • LITHIUM : Prise de sang tous les trois mois, après l’obtention du taux sanguin voulu : une fois sur deux Lithiémie et bilan rénal et thyroïdien ; une fois sur deux, lithiémie seule
    • VALPROATE (Dépakine, Dépakote, Dopamine) :
      • Avant le traitement : Bilan des fonctions hépatiques, Numération Formule Sanguine (NFS), Plaquettes, Bilan de coagulation.
      • Au bout de 15 jours et en fin de traitement, ainsi qu’avant une intervention chirurgicale et en cas d’hématomes ou de saignements spontanés : Numération Formule Sanguine (NFS), Plaquettes, Bilan de coagulation.
      • Pendant les six premiers mois : bilan hépatique régulier chez les patients à risque.
      • En cours de traitement,
        • En cas de fatigue : bilan hépatique
        • En cas de douleur abdominale : dosage des enzymes pancréatiques
        • En cas d’hémaatome ou de saignement : NFS, Plaquettes, bilan de coagulation.
    • CARBAMAZÉPINE (Tégrétol) :
      • Avant le début du traitement : NFS, Plaquettes, bilan hépatique, ionogramme
      • Une fois par semaine le premier mois : NFS, Plaquettes, bilan hépatique, ionogramme
      • Puis devant tout signe clinique d’appel : NFS, Plaquettes, bilan hépatique, ionogramme
    • CLOZAPINE (Léponex) :
      • 10 jours avant le traitement : Numération formule leucocytaire pour s’assurer que seuls des patients ayant un nombre normal de Globules Blancs (GB) et de PolyNucléaires Neutrophiles (PNN) (nombre de GB ≥ 3500/mm3[3,5 × 109/l] et nombre absolu de PNN ≥ 2000/mm3 [2 × 109/l]) recevront Leponex.
      • Une fois par semaine pendant les 18 premières semaines : numération des GB et des PNN
      • Puis, au moins toutes les quatre semaines : numération des GB et des PNN
      • Cette surveillance hématologique doit être poursuivie tout au long du traitement et pendant les 4 semaines suivant l’arrêt complet du Leponex ou jusqu’à une normalisation hématologique

 

La Haute Autorité de Santé (HAS) donne des recommandations précises sue le bilan initial systématique et les bilans réguliers pour le suivi de certains traitements, page 8 de ce document : Actes et prestations pour les Troubles Bipolaires, décembre 2017.

Personnellement, je reprends toutes ces recommandations de l’HAS auxquelles j’ajoute :

  • La C-Réactive-Protéine, qui permet de repérer  un syndrome inflammatoire, ce qui est capital puisque certaines Dépressions et certains Troubles Bipolaires sont à comprendre comme des maladies inflammatoires, avec certaines conséquences thérapeutiques précises (Inflammation).

 

  • La Ferritine pour évaluer la réserve en fer. Les carences en fer se traduisent par une anémie (diminution de l’hémoglobine et du nombre de globules rouges, et une diminution du volume de globules rouges (« anémie microcytaire »)). Cependant, avant d’en arriver à cette conséquence visible sur la Numération Formule Sanguine (Hémogramme), une carence en fer peut déjà entraîner de la fatigue et favoriser la dépression. Pour cette raison, il est intéressant de rechercher une éventuelle carence en fer chez tout patient qui consulte pour troubles psychiques. Selon les recommandations de la HAS de 2011, « afin d’identifier une carence en fer, les marqueurs à doser sont :
    • en priorité : la ferritine sérique ; une ferritine abaissée affirme le diagnostic d’une carence en fer, et il est inutile de doser d’autres marqueurs du fer dans ce cas ;
    •  en situation d’inflammation, d’insuffisance rénale chronique ou quand le résultat de la ferritine sérique n’est pas contributif (valeur normale ou élevée alors que la suspicion de carence en fer est forte) : le fer sérique associé à la transferrine (permettant le calcul du coefficient de saturation de la transferrine) peut aider au diagnostic »

 

  • Le dosage d’iode sur urines de 24h00, pour avoir un reflet des apports alimentaires en iode. L’iode est la matière première permettant à la thyroïde de fabriquer ses hormones. Une insuffisance d’apport entrave son travail et peut favoriser anxiété et dépression. Chez la femme enceinte, « même une carence légère en iode avant la grossesse (iodurie < 100 µg/L) peut induire des effets délétères sur le développement de la thyroïde du fœtus et affecter de façon irréversible son développement neurologique ». Or, « selon l’étude INCA 2, 43% des femmes en âge de procréer ont un apport en iode insuffisant«  (Anses). On peut imaginer également que 43% des hommes du même âge ont un apport insuffisant en iode et que cela n’est pas optimal pour leur santé, notamment psychique.

 

  • La vitamine D, dont les rôles sont multiples et fondamentaux, y compris son rôle anti-inflammatoire (or une parie des Dépressions et Troubles Bipolaires sont des maladies inflammatoires).

-> Lorsqu’il existe une insuffisance en iode et/ou en vitamine D, on peut penser qu’il y a également une insuffisance d’apport en Omégas 3, puisque, désormais l’origine alimentaire est la même. Une supplémentation doit alors être prévue, étant donné le rôle fondamental des Omégas 3 pour l’humeur.

 

  • La Vitamines B9 (légumes verts) joue un rôle fondamental dans le maintien d’une humeur bonne, en lien avec la Vitamine B12.  Une insuffisance en vitamine B9 doit être compensée par supplémentation si l’on veut traiter efficacement la Dépression.

 

  • La Vitamine B12. La vitamine B12 provient exclusivement des produits animaux (viande, œufs,..). Elle joue un rôle fondamental pour la formation des globules rouge et pour le fonctionnement du système nerveux central et périphérique. Une insuffisance en Vitamine B12 peut causer chez les personnes âgées, un tableau démentiel, qui régresse avec la supplémentation.  Chez les adultes, la carence en vitamine B12 peut donner notamment des troubles cognitifs et des dépressions. Nous en avons une réserve dans le Foie pour 2 ou 3 ans. Ne plus manger de produits animaux ne pose pas de problème visible avant ce délai, au-delà duquel les conséquences peuvent être graves voire irréversibles sur les nerfs périphériques.  Avec l’engouement pour le végétarisme et la prise de conscience de l’excès de consommation de viande par rapport à ce qui est soutenable pour la Planète, de nombreuses personnes diminuent leurs apports de produits animaux, souvent sans conscience des conséquences (voir végétarisme). Or, cela peut amener, notamment, une carence en protéines et une insuffisance ou une carence en Vitamine B12. À noter : lorsque le résultat sanguin indique un taux de Vitamine B12 alors que les apports en produits animaux sont priori  suffisant, il faut réaliser des explorations pour éliminer une Maladie de Biermer (maladie auto-immune produisant des anticorps qui neutralisent le « facteur intrinsèque », glycoprotéines synthétisée par des cellules du haut de l’estomac, qui se fixe à la Vitamine B12 et lui permet d’être absorbée en fin d’intestin grêle (dans l’iléon)).

La bibliographie est très abondante sur les liens entre carence en Vitamine B9 et B12 et la dépression.

Elle est également abondante concernant les liens entre carence en Zinc et dépression. Le Zinc joue plusieurs rôles dans le cerveau. Son taux peut être bas en cas de dépression, la correction de cette éventuelle insuffisance contribue fortement à soigner les troubles psychiques, notamment la dépression et les troubles bipolaires. Le Zinc a un effet antidépresseur en lui-même. Le Zinc rend les antidépresseurs IRS et Tricycliques plus efficaces. Cependant, cette carence est beaucoup moins fréquente que celles en Vitamine D, B9, B12. Il peut être intéressant de la rechercher mais uniquement dans un deuxième temps.

 

Le dosage de Vitamine D n’est pas remboursé et coute environ 12 € en 2019. Le dosage d’iode urinaire n’est pas remboursé et coûte environ 28 € en 2019 (il peut être réalisé sans ordonnance, en le demandant au Laboratoire d’analyses médicales).

Ce que je rajoute au bilan recommandé par la HAS et qui est remboursé par la Sécurité Sociale, coûte, en 2019, 2,43 € pour la CRP, 6,75 € pour la Ferritine, 10,80 € pour la Vitamine B9 et 10,80 € pour la Vitamine B12, soit un surcoût pour l’Assurance Maladie de 30,78 € par patient. Ce surcoût permet d’éviter nombre de prescriptions d’antidépresseurs, de rendre plus efficace les traitements antidépresseurs et d’en réduire la durée, d’améliorer l’efficacité de la prise en charge des Troubles Bipolaires,… De plus, il n’est réalisé qu’une seule fois, lors du bilan initial.