Démarche diagnostique des Dépressions

Trois niveaux doivent être pris en compte pour le diagnostic : le diagnostic de la Dépression elle-même, le diagnostic d’éventuelles pathologies associées et l’évaluation de l’état général.

1) Diagnostic de la Dépression elle-même

• Le diagnostic vise, dans un premier temps, à repérer s’il s’agit d’une Dépression caractérisée ou d’un Syndrome dépressif.

  • Il faut rechercher les signes de Dépression caractérisée :
    • Présence tous les critères du DSM 5 (Dépressions, DSM 5),
    • Malêtre au réveil qui tend à diminuer au fil de la journée
    • Réveils en milieu de nuit
    • Antécédents familiaux de Dépression.
    • Intensité de la Dépression, évaluée à l’aide d’une échelle (Échelle HDRS et/ou Echelle MADRS). Si le score à l’échelle HDRS est inférieur à 15, la Dépression n’est pas considérée comme étant une Dépression caractérisée et il est recommandé de ne pas traiter par antidépresseurs. Il en est de même si le score à la MADRS est inférieur à 20.

• S’il ne s’agit pas d’une Dépression caractérisée :

-> Il faut  rechercher un événement déclencheur (isolé ou chronique, comme de mauvaises conditions de vie). Il s’agit, alors, d’une Dépression réactionnelle.

-> S’il n’y a pas d’événements déclencheurs, on pense alors à une Dépression névrotique, liée à l’organisation psychique du sujet, source de mal-être.

-> S’il y a des éléments saisonniers, une appétence augmentée pour le sucré, une augmentation du besoin de dormir, sans caractéristiques bipolaires, on peut parler de « Dépression saisonnière ». Le traitement est alors la Luminothérapie.

• S’il s’agit d’une Dépression caractérisée :

Il faut diagnostiquer le type de Dépression caractérisée, son mécanisme dominant et son éventuelle résistance aux traitements :

-> Diagnostic du type de Dépression caractérisée :

* Il faut rechercher une éventuelle bipolarité, en recherchant l’existence d’un épisode maniaque ou hypomaniaque dans la vie du sujet, par un interrogatoire précis et un questionnaire comme le MDQ (Mood Disorders Questionnary)) ou la Chek-List d’Hypomanie de Angst.

Il faut également rechercher les Éléments en faveur de la Bipolarité.

* S’il y a un antécédent de manie ou d’hypomanie et a fortiori s’il y a également des éléments autres en faveur de la bipolarité, le patient doit être considéré comme porteur d’une maladie bipolaire et traité comme tel.

 

* Si ce n’est pas le cas, il s’agit d’un Épisode Dépressif Majeur dans le cadre d’une Dépression Unipolaire.

Ce type de Dépression a une tendance particulière à la récidive. Il est capital que le traitement comporte bien les trois dimensions et que le traitement antidépresseur soit suffisamment long.

Par ailleurs, 25% des Dépressions unipolaires, évoluent vers la Bipolarité, c’est-à-dire que le la patient(e) va présenter un épisode (hypo-)maniaque au cours de son évolution. Il-elle, devra, alors être traité par régulateurs de l’humeur.

On peut, en partie, anticiper ce type d’évolution s’il l’on retrouve un grand nombre d’Éléments en faveur de la bipolarité.

 

*  Si la Dépression caractérisée est chronique, sans épisodes maniaques ou hypomaniaques, on parle de Dysthymie.

 

-> Diagnostic du mécanisme dominant :

Les Dépressions sont liées à de nombreux mécanismes, dont l’ « insuffisance » de certains neuromédiateurs. Les caractéristiques de la Dépression peuvent orienter vers le type de neuromédiateur le plus en cause. Ces données sont fragiles mais sont, malgré tout, à prendre en compte puisque le choix d’un traitement ciblant ce neuromédiateur a plus de chances d’être efficace.

  • Les dépressions « par manque de sérotonine » (« sérotoninergiques ») se caractérisent par :
    • Agitation anxieuse et impulsivité, irritabilité, libido parfois augmentée, passages à l’acte ; dépendance à des toxiques
    • Troubles alimentaires  ; attirance pour le sucré, augmentation de l’appétit, voire boulimie, ou anorexie

 

  • Les dépressions « par manque de noradrénaline » (« noradrénergiques ») se caractérisent par :
    • Fatigue et ralentissement
    • Augmentation du besoin de dormir

 

  • Les dépressions « par manque de dopamine » (« dopaminergiques ») se caractérisent par :
    • Troubles cognitifs (difficultés de concentration (impossibilité de lire, …), de raisonnement ; difficultés pour exprimer clairement ses idées ; hésitations, difficultés à prendre des décisions ; vécu de manque de performances intellectuelles
    • Absence de plaisir (« anhédonie ») : perte d’intérêts pour le travail, les loisirs ; anesthésie émotionnelle ;  besoin d’être stimulé pour réaliser les activités ordinaires ; absence d’envie. En résumé : apathie plutôt que tristesse, peu d’idées suicidaires ; la souffrance morale est essentiellement sous forme d’angoisses intenses sans objets
    • Diminution de la souffrance au fil de la journée

 

-> Diagnostic d’une éventuelle résistance aux traitements :

Il convient, également, d’explorer le nombre d’épisodes dépressifs et la réponse au traitement, pour savoir si l’on est face à une dépression résistante, qui pose des problèmes thérapeutiques particuliers.

 

2) Rechercher l’existence de troubles psychiatriques associés :

À l’instar des Trouble Bipolaire, il peut arriver que les Dépressions soient associés à d’autres troubles, qui passent à l’arrière plan, comme :

  • Troubles anxieux
  • TOC
  • Troubles du comportement alimentaire
  • État de stress post-traumatique
  • Autisme Asperger
  • Troubles de l’identité sexuelle,…

Ces troubles doivent être recherchés systématiquement. L’usage d’échelles (voir onglet Diagnostic) facilite grandement cette exploration.

Dès qu’il y a suspicion de Troubles Instrumentaux (dyslexie, dyscalculie, troubles cognitifs), il convient également de réaliser un bilan neuro-cognitif complet. En effet, ces troubles ne sont pas rares et, associés au Trouble Bipolaire, ils compromettent fortement l’adaptation sociale.

 

3) Évaluer l’état de santé général.

L’état de santé général doit être évalué précisément.

Un mauvais état de santé aggrave la Dépression.

Certains pathologies peuvent être la cause de dépressions. Si ces pathologies (Causes organiques dépression) ne sont pas repérées, elles continuent d’évoluer, de s’aggraver et peuvent devenir létales. 

(voir aussi : Carence en fer ; Inflammation ; Hypothyroïdie ; Diabète; Apnées du sommeil))

Il est nécessaire de les rechercher systématiquement en réalisant un bilan de santé global (Examen clinique et Bilan sanguin et urinaire).

 

Cette démarche diagnostique en trois niveaux permet d’avoir une idée globale du trouble dont souffre le (la) patient(e). Elle permet de guider une prise en charge, elle aussi, en trois niveaux.