Inhibiteurs de la Recapture de la Sérotonine

Cette classe d’antidépresseurs, comme son nom l’indique, inhibe la recapture de la sérotonine, ce qui signifie que la concentration de ce neuro-médiateur reste élevée dans l’espace entre les neurones (synapse).

Indications

Les IRS sont indiqués pour traiter les dépressions caractérisées. Ils sont plus efficace dans les dépressions présentant des caractéristiques sérotoninergiques (Démarche diagnostique pour les Dépressions).

Ils ont d’autres indications, notamment pour soigner les TOC et les troubles anxieux. Curieusement, des molécules très proches (comme le Citalopram et l’Escitalopram) n’ont pas les même Autorisations de Mises sur le Marché (AMM).

La Sertraline et la Paroxétine ont une AMM pour l’État de Stress Post-Traumatique.

La Fluoxétine a une AMM pour la boulimie.

Voici les indications officielles de ces molécules :

Sertraline (Zoloft) :

    • Prévention des récidives d’épisodes dépressifs majeurs.
    • Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) chez l’adulte ainsi que chez les patients pédiatriques âgés de 6 à 17 ans.
    • Trouble panique, avec ou sans agoraphobie.
    • Trouble anxiété sociale.
    • État de stress post-traumatique (ESPT).

Paroxétine (Déroxat) :

    • Troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
    • Trouble panique, avec ou sans agoraphobie.
    • Trouble anxiété sociale/phobie sociale.
    • Trouble anxiété généralisée.
    • État de stress post-traumatique.

Citalopram (Séropram) :

    • Prévention des attaques de panique avec ou sans agoraphobie.

Escitalopram (Séroplex) :

    • Traitement des troubles obsessionnels compulsifs.
    • Traitement du trouble panique avec ou sans agoraphobie.
    • Traitement du trouble « anxiété sociale » (phobie sociale).
    • Traitement du trouble anxiété généralisée.

Fluoxétine (Prozac) :

    • Troubles obsessionnels compulsifs.
    • Boulimie : en complément d’une psychothérapie, indiqué dans la diminution de la fréquence des crises de boulimie et des vomissements ou prise de laxatifs.

Effets secondaires

Les IRS sont habituellement bien tolérés, sauf, parfois des céphalées et des nausées au début du traitement.

Les effets secondaires notables sont :

Syndrome sérotoninergique

Saignements (par inhibition de l’entrée de la sérotonine dans les plaquettes (cellules impliquées dans la coagulation) ; en cas de saignement, les plaquettes paires en sérotonine ne libèreraient pas assez de sérotonine qui est nécessaire à l’activation d’autres plaquettes (Prescrire, septembre 2021, page 670)). Il peut s’agir notamment d’hémorragies digestives, d’hémorragie pendant l’accouchement

Troubles sexuels

L’ensemble es effets secondaires est résumé dans ce tableau : Effets secondaires des IRS

Des effets secondaires supplémentaires sont propres à certains IRS :

La Paroxétine (Déroxat) bloque les récepteurs à l’acéthylcholine, ce qui peut entraîner constipation, sècheresse buccale, vision trouble, confusion. Pour cette raison, il est recommandé de ne pas le donner après 60 ans.

Le Citalopram et le Escitalopram, ainsi que la Fluocétine dans une moindre mesure, peuvent allonger le temps de conduction entre les oreillettes et les ventricules (figuré par l’intervalle QT sur l’électro-cardiogramme) ce qui expose à de graves troubles du rythme cardiaque., surtout s’ils sont associés à des médicaments ayant le même effet (Sompéridone (Motilium), Métopimazide (Vogalène), Métoclopramide (Primpéran), des neuroleptiques, des anti-arythmiques (Amiodarone (Cordarone), Disopyramide (Triflucan)), un béat-bloquant (Sotalol (Sotalex), des antibiotiques, un antimycosique (Fluconazole (Triflucan)),  des médicaments de la maladie de Parkinson).

La Fluoxétine peut être anxiogène chez certains patients et induire une perte de poids parfois importante.

La Fluvoxamine (Floxyfral) est à écarter en raison des nombreuses interactions médicamenteuses qu’elle entraîne.

La Fluoxétine a une demi-vie très longue (4 à 6 jours pour la fluoxetine + 4 à 16 jours pour son métabolisme la norfluoxétine ; par comparaison, la Paroxétine a une demi-vie de 24h00), ce qui rend son maniement très délicat en cas d’apparition d’effets secondaires sévères, comme le syndrome sérotoninergique, et lorsque l’on veut l’arrêter pour la remplacer apr un autre antidépresseur.

L’arrêt du traitement peut être difficile. Un syndrome de sevrage peut survenir (maux de tête, nausées, vertiges, rebond anxieux et dépressif ; symptômes atypiques comme des « éclairs dans la tête » sont décrits avec la Venlafaxine (Effexor)), parfois difficile à distinguer d’une vraie rechute dépressive. Pour prévenir au mieux le syndrome de sevrage, il faut arrêter le traitement très progressivement, sur au moins deux mois. Si des symptômes apparaissent,  il faut remonter au palier précédent.

Il est maintenant bien établi, depuis une étude parue en octobre 2021, que plus la demi-vie (temps nécessaire à l’élimination du corps de la moitié de la dose) est courte et plus le risque de syndrome de sevrage est élevé. Les antidépresseurs IRS dont la demi-vie est courte sont : Paroxétine (Deroxat), Fluvoxamine (Floxyfral). Les antidépresseurs non IRS dont la demi-vie est courte sont : Duloxétine (Cymbalta), Venlafaxine (Effexor), Milnacipran (Ixel), Miansérine, et Agomélatine (Valdoxan). Ceux dont la demi-vie est longue sont : Fluoxétine (Prozac), Citalopram (Séropram), Escitalopram (Séroplex), Sertraline. Les non IRS à demi-vie courte sont : Mirtazapine (Norset) et Vortioxétine (Brintellix).

 

En pratique, il est préférable de commencer un traitement par IRS en choisissant la Sertraline. En plus de sa bonne tolérance habituelle, elle a le mérite d’avoir une fourchette posologique large, entre 25 mg et 200mg, ce qui aide à trouver la dose minimale efficace. Malgré sa demi-vie courte (26 heures), elle donne rarement des syndrome de sevrage.