Dans les troubles du sommeil et dans l’anxiété, il est préférable de mettre d’abord en œuvre tous les moyens non médicamenteux exposés ici et ici.
Avant les médicaments, la Valériane pour les troubles du sommeil et l’Huile Essentielle de Lavande Vraie pour l’anxiété méritent d’être essayés (voir infra).
Les médicaments ne sont à utiliser qu’en dernier recours et ponctuellement.
Benzodiazépines :
• Les Benzodiazépines (BZD) ont des actions anxiolytique, anti-convulsivante (évitent les crises d’épilepsie), myorelaxante (détendent les muscles), sédative (endormantes) et amnésiante (font perdre la mémoire).
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- Leur effet myorelaxant et sédatif peut conduire à des chutes, parfois graves.
- Leur usage prolongé conduit à des troubles de la mémoire. Elles sont suspectées de favoriser la maladie d’Alzheimer.
- Elles créent des dépendances, qui peuvent se m’entrent en place rapidement (une étude indique que 27% des patients étaient devenus dépendants à la 10ème semaine de traitement (Krir WM et al, European psychiatry 2013).
Elles doivent donc être utilisées le moins longtemps possible.
Les effets secondaires peuvent être moindre si la molécule et ses éventuels dérivés (« métabolites ») actifs restent peu longtemps dans le corps. Il est donc préférable de choisir une benzodiazépine à « demi-vie » (temps nécessaire à l’élimination de la moitié du produit dans le sang) courte et sans métabolite actif.
Cependant, les BZD à demi-vie très courte peuvent, pour certaines, être plus sédatives et exposer plus que les autres à des amnésies ponctuelles, du somnambulisme et des conduites automatiques. La demi-vie très courte peut également favoriser un « effet flash » qui favorise la dépendance.
Pour ces raisons, on privilégie les BZD à demi-vie moyenne : le SERESTA (Oxazépam), qui a une demi-vie de 8h00, ou le TEMESTA (Lorazépam) et le XANAX (Alprazolam) qui ont une demi-vie entre 10 et 20h00. Voir ici les demi-vies des BZD et ici les demi-vie vie hypnotiques.
BZD et anxiété
Les BZD peuvent rendre un service ponctuel en cas d’anxiété sévère. Le site Ameli.fr, mis à jour le 7 novembre 2025, indique : « La prise en charge des causes de l’anxiété et les traitements non médicamenteux doivent précéder la prescription de Benzodiazépines. Les Benzodiazépines sont indiquées pour un traitement des manifestations anxieuses sévères et/ou invalidantes, quand il y a un retentissement important des manifestations anxieuses sur le fonctionnement quotidien et la qualité de vie. »
La durée de prescription, diminution avant l’arrêt comprise, ne doit pas excéder 12 semaines. L’arrêt spot être programmé dès le début de la prescription.
Pour traiter une anxiété ponctuelle, le SERESTA (Oxazépam) est le premier choix. Si l’anxiété est majeure, il est préférable de prendre une dose 3 à 4 fois par jour, à heures fixes, avant que l’anxiété ne s’installe. Si le SERESTA n’est pas assez efficace, le TEMESTA (Lorazépam) peuvent rendre service, si possible en n’en prenant que matin et soir.
Malgré leur nom de « anxiolytique » (qui détruit l’anxiété), les Benzodiazépines sont inadéquates pour traiter les troubles anxieux, c’est à dire : Trouble Anxiété Généralisée, Trouble Panique, Trouble Anxiété Sociale, Phobies spécifiques). Dans ces cas elles ont peu d’efficacité et génèrent des effets secondaires eux-mêmes anxiogènes. Le traitement de ces troubles doit s’appuyer sur des techniques de psychothérapie et sur les antidépresseurs.
BZD et troubles du sommeil
Pour traiter un trouble du sommeil, les BZD sont une éventuelle solution pour une courte période si les conditions d’un bon sommeil ne sont pas suffisantes et si les troubles du sommeil sont invalidants. Le site Ameli.fr, mis à jour le 7 novembre 2025, indique : » Les Benzodiazépines sont indiquées pour un traitement à court terme, chez l’adulte, des troubles sévères du sommeil : insomnie occasionnelle et transitoire. Ces troubles sont définis par une fréquence supérieures à 4 nuits par semaine avec un retentissement diurne. Aucune Benzodiazépine n’est indiquée dans le traitement de l’insomnie chronique. En cas d’insomnie autre qu’occasionnelle, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont à proposer en première intention. »
Quatre BZD ont l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) dans les troubles du sommeil : MOGADON (Nitrazépam), NUCTALON (Estazolam), NOCTAMIDE (Lormétazépam,précurseur du TEMESTA (Lorazépam)), HAVLANE (Loprazolam). Pour traiter les troubles du sommeil, il faudrait choisir une BZD à demi-vie courte ou moyenne, or ces quatre BZD ont des demi-vie longues, très supérieures à le durée d’une nuit.
Le SERESTA (Oxazépam) serait indiqué mais n’a pas l’AMM dans les troubles du sommeil.
L’IMOVANE (Zopiclone ; apparenté aux BZD) aide à l’endormissement et à dormir 5h-8h00 d’affilée, mais il a un métabolite actif qui peut expliquer de rares cas de somnolence matinale. Il laisse un goût amer dans la bouche au réveil.
Le VERATRAN (Clothiazépam) peut induire l’endormissement (son action apparaît rapidement) ; il n’agit que 3-4h00.
le STILNOX (Zolpidem ; apparenté aux BZD) est à éviter car malgré l’absence de métabolites actifs, des effets résiduels le lendemain de la prise sont parfois observés : des centaines d’accidents de la route liés au Stilnox ont été notifiés. De plus, il expose à des risques accrus d’abus, de dépendance, de somnambulisme et de conduites automatiques. Sa prescription répond aux règles des produits stupéfiants.
Dans le traitement des troubles du sommeil, la durée de prescription ne doit pas excéder 4 semaines, période de réduction de la posologie comprise.
L’efficacité des Benzodiazépines n’est que transitoire. En général, au bout de deux semaines d’usage quotidien, leur efficacité diminue. Cela conduit à augmenter les doses, avec une augmentation du risque d’effets secondaires.
Effets secondaires et sevrage
Les effets secondaires des Benzodiazépines sont nombreux, fréquents et parfois graves :
- Troubles de la mémoire et de la concentration devenant de plus en plus invalidant avec la durée de consommation, dont la réversibilité n’est pas certaine. Suspicion de favoriser la maladie d’Alzheimer
- Réactions paradoxales : nervosité, agitation, violence, conduites automatiques suivies d’amnésie
- Somnolence, diminution des réflexes (attention à la conduite automobile et l’utilisation de machines)
- Détente musculaire, ce qui entraîne un risque de chutes et d’accidents
- Dépendance (connue depuis les années 1960, mise en musique à propos du Valium, en 1966, par les Rolling Stones dans leur chanson Mother’s Little Helper)
- Interactions dangereuses avec divers médicaments et avec l’alcool
- Aggravation des apnées du sommeil, de la myasténie, des insuffisances respiratoires
- Syndrome de sevrage (plus fréquent avec les Benzodiazépines de demi-vie courte), qui induisent à penser que le médicament était efficace et incite à le reprendre :
- Anxiété
- Aggravation des troubles du sommeil
- Cauchemars
- Nausées
- Mal-être
- Symptômes parfois graves : hallucinations, délire, dépersonnalisation, crises d’épilepsie, agitation…
Ces troubles durent parfois plusieurs semaines et sont d’autant plus sévères que la BZD a été prise longtemps et à dose élevée. Les personnes âgées y sont particulièrement sensibles.
En conséquence : l’arrêt d’une BZD doit être très progressif (par exemple d’1/4 de cp toutes deux semaines), sur plusieurs semaines ou sur plusieurs mois si la dose est élevée et/ou la consommation ancienne et si possible avec une aide psychologique.
Plusieurs études ont montré que les Benzodiazépines peuvent aggraver la dépression, le risque suicidaire et l’agressivité. (Panes A et al, La Presse Médicale, 2018).
Il ne faut pas prendre plusieurs BZD en même temps car cela augmente les effets secondaires sans augmenter l’efficacité (ansm, 3 septembre 2025).
Pour toutes ces raisons, il est hautement souhaitable de n’utiliser les Benzodiazépines que très ponctuellement et de tout faire pour les diminuer et les arrêter en cas de consommation prolongée.
Arrêt des BZD
L’arrêt repose sur deux piliers : diminuer les doses très progressivement et mettre en place des techniques de gestion du sommeil et de gestion de l’anxiété.
Il est important de se mettre dans les meilleures conditions possibles : manger équilibré et à heures fixes, faire de l’exercice physique (30mn de marche chaque jour), diminuer les apports de stimulants (caféine, nicotine, alcool), éviter la surcharge d’activités.
I) Diminuer les doses très progressivement
Évaluer la progressivité nécessaire à son cas particulier.
- La progressivité dépend du degré de dépendance. Celui-ci peut être évalué en remplissant l’échelle ECAB. Un score supérieur ou égal à 6 indique une dépendance.
- La progressivité dépend également de la durée de consommation.
- La progressivité dépend enfin de problèmes de santé psychique associés (voir votre médecin).
Dans le cas d’une dépendance et d’une consommation supérieure à deux semaines, il faut prévoir plusieurs semaines, souvent plusieurs mois, voire plus d’un an pour arrêter.
Pour une diminution très progressive, par exemple dans le cas de trois prises quotidiennes, commencez par choisir la prise qui paraît la moins difficile à diminuer, par exemple celle de midi et supprimer 1/4 ou 1/2 cp un jour sur trois pendant quinze jours, puis 1/2 cp un jour sur deux pendant quinze jours, tout en gardant les deux autres prises sans changement. Puis procéder de la même manière pour une des deux autres prises, puis pour la troisième. Poursuivre en alternant, sur une des trois prises, 1/2 cp deux jours et 0 cp le troisième jour, puis 1/2 cp et 0 cp un jour sur deux, etc.
En cas de symptômes de sevrage, reprendre 1/2 cp ou revenir au pallier précédent le temps de la disparition de ces symptômes.
Les matins après l’arrêt de toutes les prises, se lever plus tôt pour avoir davantage sommeil le soir.
II) Mettre en place parallèlement les moyens d’auto-soin, de gestion du stress ainsi que des techniques de traitement de l’anxiété.
(Sources concernant les BZD : Revue Prescrire, février 2008, mai 2010, octobre 2016, mai 2018, juin 2023 ; HAS 2007, 2015, 2018, 2024 ; Ansm ; Ameli ; RCP)
En dehors des BZD et apparentés, pour traiter le sommeil, on peut utiliser :
– le DONORMYL (Doxylamine), un anti-histaminique H1. Il présente peu d’effets secondaires (sauf anticholinergiques : constipation, bouche sèche, confusion chez les personnes âgées, rétention d’urine sur adénome prostatique,…). Vendu sans ordonnance.
En dernier recours, après échec des mesures non médicamenteuses et des autres médicaments, sous surveillance, certains médecins prescrivent les médicaments hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) suivants, malgré un faible niveau de preuve (1) :
– le LAROXYL (Amitryptiline) en gouttes, une heure avant le coucher (anti-dépresseur à partir de 75 gouttes, une dizaine de gouttes suffisent en général pour traiter le sommeil). Effets secondaires anticholinergiques plus marqués qu’avec DONORMYL.
– la MIANSERINE 10mg, à prendre une à deux heures avant le coucher, aide à retrouver un sommeil réparateur (même si elle peut donner des rêves prégnants et une impression de sommeil agité). Peut être sédative le matin. ½ cp peut suffire. Risques rares d’hépatite, d’agranulocytose.
– le QUITAXON (Doxépine) 10mg, 1/2 cp deux heures avant le coucher
– le TERCIAN (Cyamémazine), le THÉRALÈNE (Alimémazine), le LOXAPAC (Loxapine) peuvent rendre service dans certains cas difficiles mais avec tous les risques des neuroleptiques et les risques d’interactions, notamment avec les médicaments cardio-toxiques.
Deux médicaments à éviter :
- L’ATARAX (Hydroxyzine), un anti-histaminique doit être évité en raison de l’importance de ses effets anticholinergiques et de ses risques cardiaques (allongement de la conduction entre les oreillettes et les ventricules (espace QT)).
- Le STRESAM (Étifoxine) : réactions cutanées graves potentiellement mortelle ; Cytolyses hépatiques graves ; colites lymphocytaires ; Métrorragies.
La MÉLATONINE
Caractéristiques
La Mélatonine est une hormone produite dans le cerveau par l’épiphyse (glande pinéale), à partir d’un acide aminé, le Tryptophane (elle est également sécrétée par la rétine, l’intestin, la peau, les plaquettes sanguines et la moelle osseuse). Elle informe l’organisme de l’alternance jour/nuit et du rythme circadien (horloge interne du corps).
La Mélatonine a, par ailleurs, des effets sur l’humeur, le système immunitaire, la motricité intestinale et le comportement sexuel. Elle est vaso-active et intervient dans la régulation de la température corporelle et du taux d’insuline.
Par ses différentes actions, elle peut provoquer, lorsqu’elle est prise en supplémentation, des effets secondaires :
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- réactions d’hypersensibilité,
- malaises,
- hypersomnies,
- troubles neuro-psychiques : dépressions, aggravation des troubles de l’humeur, agressivité, cauchemars, anxiété, céphalées, troubles de la mémoire
- troubles cardio-vasculaires, dont angors, palpitations, hypertension artérielle
- troubles digestifs : douleurs abdominales, constipation, pancréatite aigüe
- troubles cutanés
- troubles musculo-squelettiques dont maux de dos, douleurs cervicales, douleurs articulaires
- prises de poids
Lors d’un traitement par Mélatonine, il faut surveiller la tension artérielle, à la recherche d’une hypertension artérielle. Il faut également être attentif à l’apparition de troubles neuro-psychiques pouvant être causés par le médicament, tels que convulsions, changements d’humeur, symptômes dépressifs.
La supplémentation de Mélatonine inhibe la synthèse endogène de Mélatonine (la glande pinéale « juge » qu’elle n’a plus à travailler, puisque on apporte le fruit de son travail par des comprimés). Il est recommandé de ne pas dépasser 13 semaines de traitement continu (RCP du Circadin). Il probablement préférable de ne pas dépasser un mois, pour avoir le plus de chances possibles de ne pas mettre définitivement la glande pinéale au repos. Étonnamment, pour une forme de Mélatonine pour enfants (qui a reçu l’AMM en 2025), ADAFLEX, la HAS indique : » Des données limitées sont disponibles pour un traitement allant jusqu’à 3 ans maximum. Après au moins 3 mois de traitement, le médecin doit évaluer l’effet du traitement et envisager l’arrêt du traitement s’il ne donne lieu à aucun effet cliniquement pertinent. Pendant le traitement, en particulier si l’effet du traitement est incertain, des tentatives d’arrêt doivent être faites régulièrement, par exemple une fois par an. »
Sa demi-vie est de 4h00 (d’où l’intérêt, dans certains cas, de formes à libération prolongée).
La Mélatonine est sensible aux interactions médicamenteuses (métabolisée par les isoenzymes CYP 1A1, 1A2 et 1C19 ; un risque de surdosage apparaît en association avec des médicaments inhibant ces enzymes). Elle est, elle-même, inducteur enzymatique (active le travail de certaines enzymes, d’où le risque de diminuer l’efficacité de certains médicaments et de provoquer un surdosage de ces médicaments à l’arrêt de la Mélatonine).
Les effets à long terme d’une supplémentation ne sont pas connus.
La Mélatonine doit être évitée chez la femme enceinte (des malformations et un trouble neuro-développemental ne peut être écarté ; aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse et à la naissance, le fœtus puis le nouveau-né sont exposés aux effets indésirables de la Mélatonine. La Mélatonine passe dans le lait maternel.
Indications thérapeutiques
La Mélatonine est censée améliorer le sommeil (endormissement et maintient du sommeil) chez les personnes de plus de 55 ans.
La Mélatonine est proposée aux enfants présentant un TDAH, non traités par psychostimulants, quand les insomnies altèrent fortement la qualité de vie des enfants et de leur entourage malgré des mesures d’hygiène du sommeil. Elle permet de réduire le délai d’endormissement et d’allonger la durée du sommeil mais souvent au prix d’effets secondaires. En revanche, lorsque l’enfant est traité par psychostimulants, la Mélatonine n’a pas d’efficacité démontrée. (Prescrire, Février 2025, p.91). pour ADAFLEX, le RCP ne limite pas l’indication aux enfants non traités par psychostimulants (l’indication concerne : » l’insomnie chez les enfants et les adolescents âgés de 6 à 17 ans présentant un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) lorsque les mesures d’hygiène de sommeil ont été insuffisantes. »)
Selon une Présentation au Congrès du Sommeil nov 2022 : La Mélatonine n’agit qu’au bout de trois jours. La teneur en Mélatonine à libération immédiate est variable selon les formes proposées. Il est préférable de demander une préparation magistrale. La Mélatonine peut être utile pour traiter le retard de phase, prise à une posologie entre 0,5 et 1 mg, quelques heures avant le coucher.
L’Académie Américaine du Sommeil a publié un guide dans lequel la Mélatonine est recommandée (faible niveau de recommandation) pour les retards de phase de sommeil (mais : dose non établie (entre 0,3 et 5 mg), forme non précisée, heure d’administration variable selon les études (début de journée ou trois heures avant l’heure souhaitée d’endormissement). Elle est également recommandée dans les dérèglement du rythme circadien chez les aveugles.
Une revue de 2022 (Poza 2022), indique différents points intéressants : la Mélatonine traverse librement la barrière hémato-encéphalique ; plus la dose est élevée, plus le métabolisme est lent, dans ces cas, la Mélatonine doit être prise non pas au coucher mais plus tôt (environ une heure avant) ; le café augmente la biodisponibilité, le tabac la diminue ; la Mélatonine à libération immédiate inhiberait davantage la synthèse endogène de Mélatonine (par la glande pinéale) que la forme à libération prolongée.
Selon la revue Prescrire (novembre 2018, p.835, 836 ; janvier 2023, p.23-24 ; février 2025, p.122s), la Mélatonine n’est pas plus efficace sur l’insomnie qu’un placébo.
En France, la Mélatonine est considérée comme un médicament à partir de 2mg et comme un complément alimentaire en-deça… En Belgique, le statut de médicament commence à 0,3 mg. Aux USA, la Mélatonine a un statut de complément alimentaire quelle que soit la dose…
Chez la femme enceinte :
– Les moyens non médicamenteux sont à privilégier.
– Les données sont rassurantes concernant le LAROXYL (Amitryptiline). En fin de grossesse, risque de détresse respiratoire, d’hyperexcitabilité, de troubles du tonus, de ralentissement du transit et/ou de sédation chez le nouveau-né.
– le DONORMYL (Doxylamine) était recommandé jusqu’à une date récente mais la sureté de ce médicament pendant la grossesse commence à être remise en question. Près de la naissance, il expose le nouveau-né à des effets sédatifs et anti-cholinergiques (perturbation de la succion, retard à l’évacuation du méconium, distension abdominale voire iléus, tremblements, agitation, syndrome de sevrage).
– Les BZD sont déconseillées pendant le premier trimestre de la grossesse (sur-risque de fente labio-palatine (bec de lièvre)). Lors de la prise de BZD près du terme, surtout à fortes doses, des hypotonies, des troubles de la succion, une somnolence, des troubles de la déglutition, des syndromes de sevrage ont été observés chez les nouveaux-nés. À long terme, les BZD prises par la mère sur une longue durée pendant la grossesse exposent les enfants à des troubles du comportement. En pratique, si une BZD est vraiment nécessaire, la femme enceinte, selon les données actuelles, peut prendre le plus ponctuellement possible du SERESTA (Oxazépam) au deuxième trimestre et au début du troisième trimestre.
– La Mélatonine pourrait donner des effets tératogènes.
– Les plantes sont mal étudiées. Elles doivent être évitées au premier trimestre. Au-delà, on peut utiliser la VALÉRIANE mais en extraits aqueux ou hydro-alcooliques et de titre faible.
Plantes :
Pour les troubles du sommeil, les extraits aqueux ou alcooliques de titre faible (<30%) de Valériane (Valeriana officinalis) ont une balance bénéfices-risques favorable et une certaine efficacité cliniquement démontrée. Chez certains personnes elle peut être anticholinergiques (et occasionner notamment des difficultés pour uriner). Elle peut entrainer des dépendances.
Pour l’anxiété, l’Huile essentielle de Lavande Vraie peut permettre d’éviter l’utilisation d’une Benzodiazépine. La forme en capsule dosée à 80 mg a l’avantage de contenir une quantité fixe d’Huile Essentielle, ce qui est plus pratique par rapport à la forme liquide. Le statut de médicament de l’Huile Essentielle de Lavande Shwabe apporte des garanties en matière de qualité pharmaceutique. La posologie recommandée est de 1 gélule par jour ; ne pas excéder deux semaines de traitement. Son efficacité dans les troubles du sommeil n’est pas prouvée (contrairement à son efficacité dans l’anxiété).
D’autres plantes (tilleul, mélisse, oranger, verveine odorante, passiflore, Escholtzia Californica) sont utilisées traditionnellement ; elles semblent sans effets indésirables.
L’Ashwaganda est particulièrement intéressante dans les troubles du sommeil liés à un état de stress (elle est contre-indiquée en cas de grossesse, allaitement, hyperthyroïdie, surcharge en fer). Prendre 800 mg en fin d’après midi.
Sont à éviter le cimifuga (atteintes hépatiques parfois nécessitant une greffe de foie), balotte (toxicité hépatique), Anémone pulsatile (effets neurologiques et rénaux chez l’animal), la Valériane sous forme d’extrait alcoolique à titre élevé et de poudre (suspectés de contenir des dérivés toxiques).
Sources :
– Premiers choix Prescrire, Mauvais sommeil chez un adulte, décembre 2018.
– Prescrire, janvier 2026
–Prescrire, janvier 2022, in syndrome de sevrage alcoolique, dossier thématique sur les Dépendances et les Addictions
– Femmes enceintes gênées par un mauvais sommeil, Prescrire, mai 2018, n°415, p 354 s
– Huile essentielle de lavande vraie et troubles anxieux, Prescrire, juillet 2022, p 485 s
– Résumés des Caractéristiques Pharmacologiques des médicaments (in : http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/index.php)
(1) Everitt H, Baldwin DS, Stuart B, Lipinska G, Mayers A, Malizia AL, Manson CC, Wilson S. Antidepressants for insomnia in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2018 May 14;5(5):CD010753. doi: 10.1002/14651858.CD010753.pub2. PMID: 29761479; PMCID: PMC6494576.
