Démarche diagnostique globale des Troubles de l’Humeur

Il convient d’être systématique dans la démarche diagnostique pour permettre une prise en charge adaptée et complète.

En effet :

• Un(e) même patient(e) peut présenter plusieurs troubles psychiatriques associés.

• Les troubles psychiatres peuvent facilement être confondus les uns avec les autres.

Il en découle bien des pièges diagnostiques particulièrement en ce qui concerne la Dépression et les Troubles bipolaires (Pièges diagnostiques de la Bipolarité).

– Un patient dépressif est peut-être en réalité un bipolaire.

– Un patient bipolaire ne souffre peut-être pas que de ce trouble. Par exemple, il peut avoir des TOC dont il ne songe pas à parler au médecin et qui empêchent sa réadaptation à une vie satisfaisante.

– Un patient apparemment très perturbé n’a peut-être pas de troubles de la personnalité ni d’État-limite mais plutôt une Cyclothymie (maladie qu’il faut traiter) ou s’il souffre effectivement de troubles de personnalité ou d’État-limite, il peut également présenter une Cyclothymie sous-jacente.

Si l’on se fie aux symptômes les plus évidents, on risque de construire un diagnostic incomplet voire faux (ce qui est le cas pour bien des dépressions).

Il est dommage qu’il faille 8 à 10 ans pour diagnostiquer un Trouble Bipolaire et sans doute davantage pour la Cyclothymie (Retard du diagnostic).

Trois niveaux doivent être pris en compte pour le diagnostic :

1) Diagnostic des Troubles de l’Humeur (Troubles Bipolaires)

• Le diagnostic de Trouble Bipolaire repose sur la mise en évidence d’un épisode de « sur-régime » mental, appelé manie ou hypomanie (voir la définition précise ici : Trouble Bipolaire, Critères du DSM 5 de Trouble Bipolaire).

En effet, selon le DSM 5 :

– Un épisode de manie suffit à affirmer le diagnostic de Trouble Bipolaire de type I

– Une dépression + un épisode d’hypomanie suffisent à affirmer le diagnostic de Trouble Bipolaire de type II.

Il arrive que l’épisode maniaque ou hypomaniaque soit constaté « en direct » par le clinicien, ce qui facilite le diagnostic.

Cependant, il est fréquent que le (la) patient(e) consulte pour un autre problème qui risque de retenir toute l’attention du clinicien. Étant donné la fréquence des Troubles Bipolaires et leur fréquente association à d’autres troubles psychiatriques, il est préférable de s’assurer qu’il n’y a pas eu, dans l’histoire du patient un éventuel épisode maniaque ou hypomaniaque. Il s’agit d’adopter une démarche comparable à celle des médecins internistes qui, sachant que plusieurs maladies auto-immunes peuvent co-exister, recherchent systématiquement les principales maladies auto-immunes lorsque un(e) patient(e) présente l’une d’entre elle.

Cette réalité devrait conduire à faire passer systématiquement un questionnaire comme le MDQ ou la Check-List d’hypomanie de Angst, ainsi qu’un Questionnaire de Cyclothymie, devant tout problème psychique quel qu’il soit :

  • Dépression
  • Tentative de suicide
  • État de Stress Post-Traumatique
  • Troubles des Conduites Alimentaires (anorexie et surtout boulimie)
  • Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H)
  • Troubles Anxieux
  • Troubles du sommeil,
  • Burn Out
  • État-limite,…

• Parallèlement à la mise en évidence d’un épisode (hypo-)maniaque, il faut rechercher d’autres Éléments en faveur d’un trouble bipolaire.

• L’analyse de l’histoire du patient permet de distinguer les différents types de Troubles Bipolaires.

• Pour le trouble bipolaire de type I, il est important de repérer la séquence des phases : début par une phase maniaque ou dépressive, notamment. Les formes avec débutant par un épisode de manie répondent en général mieux au Lithium que les formes commençant par une dépression.

2) Rechercher l’existence de troubles psychiatriques associés :

De même que le Trouble Bipolaire est souvent occulté par d’autres pathologies, il a tendance lui-même à en occulter certaines, auxquelles il est fréquemment associé, comme :

  • Troubles anxieux
  • TOC
  • Troubles du comportement alimentaire
  • État de stress post-traumatique.

Ces troubles doivent être recherchés systématiquement. L’usage d’échelles (voir onglet Diagnostic) facilite grandement cette exploration.

Dès qu’il y a suspicion de Troubles Instrumentaux (dyslexie, dyscalculie, troubles cognitifs), il convient également de réaliser un bilan neuro-cognitif complet. En effet, ces troubles ne sont pas rares et, associés au Trouble Bipolaire, ils compromettent fortement l’adaptation sociale.

3) Évaluer l’état de santé général.

Les troubles psychiques, en particulier la Dépression et les Troubles Bipolaires, sont aggravés par tout problème de santé comme :

– Anémie

– Diabète

– Troubles thyroïdiens

-Syndrome métabolique

– Carences diverses…

Il est nécessaire de les rechercher systématiquement en réalisant un bilan de santé global (Bilan sanguin et urinaire, Causes organiques dépression ; Carence en fer ; Inflammation ; Hypothyroïdie ; Diabète ; Apnées du sommeil).

Cette démarche diagnostique en trois niveaux permet d’avoir une idée globale du trouble dont souffre le (la) patient(e). Elle permet de guider une prise en charge, elle aussi, en trois niveaux.