Ces antidépresseurs inhibent l’enzyme Mono-Amine Oxydase (MOA) qui dégrade les mono-amines (adrénaline, nor-adrénaline, dopamine) et les indolamines (sérotonine, tyramine).
Ces antidépresseurs ont donc une action multiple, ce qui peut expliquer leur efficacité particulière. Ils sont, en effet, un recours très précieux dans les dépressions résistantes.
L’Iproniazide (Marsilid) est malheureusement régulièrement en rupture de stock. En pratique, il faut avoir recours à une prescription sous Autorisation Temporaire d’Usage, par un médecin hospitalier, de Phénelzine (Nardil ou Nardelzine).
Le Moclobémide (Moclamine) est disponible mais il est moins dopaminergique (il n’inhibe que la MOA de type A qui dégrade peu la dopamine (surtout dégradée par la MOA de type B)). Sa prescription ne nécessite par de régime alimentaire excluant les produits alimentaires riches en tyramine (voir ci-dessous), sauf chez les patients présentant une hypertension artérielle. L’effet apparaît plus rapidement qu’avec les autres antidépresseurs, au bout de quelques jours.
Ces antidépresseurs ont des particularités à bien connaître. Elles sont exposées en détail dans ce tableau.
En voici l’essentiel :
Effet secondaire propre aux IMAO : poussée d’hypertension
• Risque d’augmentation de la tension artérielle en cas d’ingestion de Tyramine, substance contenue dans certains aliments, normalement dégradée par la Mono Amine Oxydase.
=> Exclure de l’alimentation les produits fermentés ou issus de transformations longues : fromages affinés, au lait caillé, à coagulation acide, boissons alcoolisées (pas plus d’1 verre de vin ; ne pas prendre de bière ni de chianti), choucroute, viandes faisandées, foies de volaille, bouillons cube, levure de bière
=> Être prudent avec des aliments potentiellement riches en tyramine : épinards, harengs, anchois, charcuteries ; (café, chocolat : possible en quantité modérée)
=> Être prudent avec des aliments allergisants : crevettes, cacahuètes,… (car la tyramine peut amplifier les réactions allergiques)
L’ingestion de tyramine entraîne une augmentation de la tension artérielle environ en une demi-heure et pour trois-quatre heures. Le risque d’augmentation de la tension artérielle, pour la même quantité de tyramine ingérée, est variable selon les personnes et selon d’autres paramètres (si l’estomac est vide le risque est plus grand) ; si la prise de l’IMAO est plus proche de la prise de tyramine le risque est également plus grand ; certains fromages contiennent peu de tyramine (la plupart des fromages commerciaux), il y a moins de tyramine au cœur du fromage que près de la croute). Pour une personne, par ailleurs jeune et en bonne santé, il est possible de se munir d’un tensiomètre et de prendre sa tension artérielle au décours de la consommation de tel aliment en telle quantité pour observer ce qui augmente la tension artérielle et ce qui ce ne l’augmente pas.
Ne pas associer de médicaments faisant monter la tension artérielle :
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- Décongestionnants du nez
- Adrénaline (anesthésie dentaire)
- Praxinor,…
- Dolosal, Topalgic
- Tryptans (médicaments de la migraine) : Zomig, Naramig, Relpax,…
- Méthylphénidate
Le risque d’hypertension artérielle persiste au moins deux semaines après l’arrêt du traitement
=> Le régime doit être maintenu au moins pendant deux semaines après l’arrêt du traitement
=> Attendre deux semaines après l’arrêt de l’IMAO avant de commencer un traitement à risque d’interaction (notamment un autre traitement antidépresseur)
=> Arrêter le traitement deux semaines avant un anesthésie générale
Autres effets secondaires possibles :
- L’IMAO peut donner de l’hypotension artérielle en se levant du lit ou de la chaise (hypotension orthostatique), surtout à l’instauration du traitement et aux augmentations de dose : se lever en plusieurs étapes.
- Rares cas de prise de poids, somnolence, constipation, troubles du sommeil, hypoglycémie, dysfonction sexuelle, rétention urinaire, crise convulsive
- Cas rarissimes de fourmillements dans les mains et les pieds, associés à des douleurs (polynévrite sensible à la pyridoxine (vitamine B6)). Signaler ces symptômes rapidement s’ils apparaissent.
- Cas rarissimes d’hépatotoxicité : en cas de fatigue intense, de jaunisse, de prurit, il faut arrêter le traitement
Comme tout antidépresseur : diminuer ou suspendre et contacter le médecin en cas d’agitation interne, d’euphorie (pouvant indiquer un virage maniaque).
Interactions
Risque de syndrome sérotoninergique avec les médicaments augmentant la sérotonine, notamment les antidépresseurs IRS
=> Attendre l’élimination complète d’un antidépresseur en cours avant de commencer l’IMAO (2 semaines pour Paroxétine et Sertraline, 3 pour Clomipramine, 5 pour Fluoxétine,…)
Risque d’hypertension artérielle avec les médicaments susceptibles d’augmenter la tension artérielle. En particulier ne pas prendre de médicaments décongestionnant nasaux, ni la plupart des triptans.
Ne pas s’automédiquer
Signaler le traitement en cours par IMAO à tout médecin consulté ; avoir sur soi l’ordonnance
Contre-indications
Contre-indications absolues :
- Patient ne pouvant ou ne voulant pas suivre le régime
- Patient prenant un médicament avec lequel il y aurait des interactions
Contre-indications relatives :
- Hypertension (si mal contrôlée)
- Diabète : le risque d’hypoglycémie peut perturber le contrôle du diabète et faire courir le risque d’hypoglycémie avec les médicaments du diabète
- Grossesse ; Allaitement
- Trouble bipolaire (si mal stabilisé : risque de virage maniaque)
Pour une information très détaillée, voir le site MAOI International Expert Group
